Bien que nul ne sache encore si Paul Biya, 84 ans dont trente-cinq à la tête de l’État, se représentera en 2018, quatre piliers du régime apparaissent comme des candidats potentiels à sa succession. Mais gare à ceux qui exprimeraient publiquement cette ambition…

Réné Sadi, l’homme écouté

Il est très apprécié de Paul Biya, qui l’a déjà choisi pour effectuer des missions délicates. En 2013, il a ainsi été envoyé à la Fifa pour tenter de résoudre la crise qui touchait la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) et qui avait abouti à la suspension du pays de toutes les compétitions internationales.

Proche d’Ibrahim Talba Malla, directeur de la Société nationale de raffinage (Sonara), de Dieudonné Bougne, son beau-frère, PDG de Bocom, ou encore de Paul Célestin Ndembiyembé, membre du comité central du RDPC et rédacteur de ses discours, il dispose de relais dans la presse, notamment au sein du journal Le Détective, de Patrick Tchouwa, ou de l’organe du RDPC, L’Action, de Benjamin Lipawing.

Enfin, dernier atout, René Sadi est un ami du sultan des Bamouns, Ibrahim Mbombo Njoya, qu’il a connu en Égypte et qui est lui-même très écouté par Paul Biya. Redouté et respecté, il entretient une réputation d’homme intègre, jamais atteint par les affaires, et que peu osent contrarier.

L’influent Marafa Hamidou Yaya

Marafa Hamidou Yaya, prédécesseur de René Emmanuel Sadi au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, est toujours membre du bureau politique du RDPC, dont il n’a jamais démissionné. Entretenant tant bien que mal ses réseaux dans les milieux industriels et diplomatiques, il a un temps fait passer des messages par l’intermédiaire de son fidèle lieutenant, Hamadou Sali, député de Bogo.

Récemment, il a également reçu Akere Muna, candidat à l’élection présidentielle de 2018, dans sa cellule du secrétariat d’État à la Défense (SED).

Jean-Marie Atangana Mebara ne bénéficie en revanche pas de la même influence. Mais l’ancien secrétaire général de la présidence garde ses contacts avec ses anciens obligés au palais d’Etoudi, au sein du clergé catholique ou dans le monde du renseignement.

Le discrèt Laurent Esso

À 75 ans, Laurent Esso est l’un des rares à s’opposer à l’influence de René Emmanuel Sadi et s’appuie sur ses propres réseaux, composés d’hommes d’affaires, comme le baron du BTP Paul Éric Djomgoue, et d’hommes politiques, comme l’ancien secrétaire d’État à la Santé Simon Bolivar Njami-Nwandi, l’actuel ministre des Enseignements secondaires, Jean Ernest Ngalle Bibehe, ou le consul de Norvège, Maurice Bertrand Kouoh Eyoum, chez qui il va déguster le week-end du ndolé aux crevettes, son plat préféré.

Enfin, il dispose dans les médias d’importants relais d’influence. La chaîne Vision 4, le journal L’Anecdote et la radio Satellite FM lui sont considérés comme acquis, au point que Jean-Pierre Amougou Belinga, patron du groupe L’Anecdote, qui regroupe ces médias, a parfois été son porte-parole, y compris lorsqu’il a fallu démentir la rumeur de son décès, en novembre 2010.

Edgar Mébé Ngo’o le prétendant secret

Lorsque son nom avait été proposé pour la Légion d’honneur afin de saluer son rôle dans la libération en 2008 de dix marins français du Bourbon Sagitta enlevés au large de la péninsule de Bakassi, Edgard Alain Mebe Ngo’o, alors ministre camerounais de la Défense, avait souhaité d’abord demander l’autorisation du président Paul Biya.

Il avait également souhaité que la cérémonie se tienne non pas à l’Élysée mais au ministère de l’Intérieur, place Beauvau. Vaines précautions, puisque ses ennemis ont tout de même retourné l’événement contre lui, l’accusant d’être un dauphin venu se faire adouber à Paris.

L’ancien ministre des Transports, 60 ans, doit son ascension à son tempérament de dirigeant autoritaire. Ainsi, ce fils d’un député fédéral devenu jeune préfet de la capitale tape dans l’œil du chef de l’État en 1997, quand il enjoint à Titus Edzoa, intime de Paul Biya qui venait de démissionner du gouvernement, d’observer un devoir de réserve.

Paul Biya lui en sait gré et l’appelle à ses côtés. Le voilà directeur du cabinet civil puis patron de la police (2004-2009), avant de passer à la Défense (2009-2015). Il y a laissé une empreinte d’homme à poigne. Profitant de la réforme de l’armée, il a mis à la retraite des généraux réputés inamovibles et en a fait révoquer un pour insubordination.

Mebe Ngo’o est proche de Basile Atangana Kouna, l’ancien ministre de l’Eau et de l’Énergie, et d’Issa Tchiroma, ministre de la Communication. Il compte parmi ses amis Paul Atanga Nji, le ministre délégué à la présidence, secrétaire permanent du Conseil national de sécurité, et Lekene Donfack, ex-ministre de la Ville.

Ses relations sont cordiales avec René Sadi et Louis-Paul Motaze, mais glaciales avec Laurent Esso, Jean Baptiste Bokam, secrétaire d’État à la Défense, et Remy Ze Meka, l’ex-ministre de la Défense. Son tempérament lui vaut beaucoup d’ennemis, notamment parmi ses ex-collègues du gouvernement arrêtés lorsqu’il était à la tête de la police.

Louis-Paul Motaze

Depuis 2015, Louis-Paul Motaze est ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, un poste qu’il avait déjà occupé de 2007 à 2011, avant un interlude à la primature, où il avait été chargé de lancer les grands chantiers aux côtés de Philémon Yang.

Bulu du Dja-et-Lobo, le département d’origine du chef de l’État, où il exerce la coordination régionale du RDPC, il est le neveu de Jeanne-Irène Biya, l’ex-première dame. Il a par ailleurs l’avantage d’être marié à une native de l’Extrême-Nord, ce qui pourrait lui permettre de rassembler largement dans l’optique d’une succession.

À 58 ans, il place ses pions dans les arcanes du pouvoir, et beaucoup le considèrent comme l’« interlocuteur du futur ». Il est notamment proche des Kotokos, à l’instar du général Ahmed Mahamat et de son ami d’enfance, le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi.

Source: jeuneafrique.com

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