Etoudi: les survivants du Putsch du 6 avril 1984 voici les détails

Le Cameroun, pays stable, a connu des périodes passablement tourmentées dans sa marche vers un Etat moderne. Comme ce fut le cas le 06 avril 1984. De même que lors des années de braise. Et surtout en ce moment où il lutte sur trois fronts pour la sauvegarde de son intégrité territoriale. A chaque fois, le pays a su se relever.

A l’intérieur, certains donnent l’impression d’oublier, trop souvent, que le Camerouna connu d’autres heures plus ou moins sombres. Notamment au lendemain de son indépendance. Mais surtout, deux ans seulement après l’arrivée de Paul Biya au pouvoir. Dans la nuit du 05 au 06, des coups de feu réveillent les habitants de Yaoundé. Des militaires, restés fidèles à l’ancien président Ahmadou Ahidjo et originaires comme lui du Nord-Cameroun, décident de renverser le président Paul Biya. Après trois jours de combats, les mutins sont finalement maîtrisés. Le 07 avril, dans un message radiodiffusé, Paul Biya rassure:

«Le calme règne sur toute l’étendue du territoire national». Une situation qui a obligé le nouveau président de la République à une réelle reprise en main des institutions. Alors qu’avant, il était résolument engagé dans une ouverture. 34 ans après ces tristes événements qui ont causé des morts par dizaine, aussi bien du côté des mutins que des autorités légales, et plongé les familles dans la torpeur et l’angoisse. En guise d’évocation, Essingan dresse une galerie très sélective de survivants de ces tristes moments.

Martin Mbarga Nguele, le prisonnier du front faillit trépasser

Depuis le 30 août 2010, Martin Mbarga Nguele occupe la fonction de délégué général à la Sûreté nationale (Dgsn). A sa nomination, celui qui était commissaire divisionnaire depuis 1983, était encore ambassadeur du Cameroun en Espagne. Diplômé de l’Ecole normale supérieure de police de Yaoundé, il est arrivé en Espagne après 19 ans comme ambassadeur du Cameroun au Brésil. Il y est nommé en 1984, après le putsch manqué du 06 avril.

«Dans son ouvrage intitulé Politique de défense et sécurité nationale au Cameroun» (paru en février 2012), Victorin Hameni Bieuleu, le reconnaît à la page 412 comme étant «un brave policier sorti des rangs et se trouva brutalement projeté dans l’arène politique sans préparation préalable».

Pour ce civil ayant exercé dans les forces armées camerounaises, Martin Mbarga Nguele a eu à gérer les débuts de la tentative de putsch du 06 avril 1984. Seulement pour n’avoir pas pu échapper à ses poursuivants, le «vieux flic» fut cueilli. Il sera blessé par les mutins lors de l’assaut donné sur le Quartier général grâce à l’intervention des para-commandos venus d’Ebolowa. «N’ayant pas été informé du coup en préparation du haut de ses fonctions de chef du renseignement de la police», écrit Hameni Bieuleu.

C’est cependant à Kinshasa au Zaïre qu’il débute sa carrière de diplomate. Lui qui avait déjà occupé le poste de délégué général à la Sûreté nationale entre 1983 et 1984. Fils du département du Nyong et So’o Martin Mbarga Nguele a totalisé 63 ans de fonction publique.

Engagé à redonner à la police ce qu’elle n’aurait jamais dû perdre, en guise d’agenda, il disait lors de sa prise de fonction en 2010, qu’il entend «ne rien laisser au hasard pour que la police redevienne ce qu’elle doit être, quel que soit le temps que cela prendra».

En clair, ce fidèle veut continuer à servir Paul Biya, le chef de l’Etat, son cadet d’un an, comme il le fait depuis plus de trente ans. Inspecteur de police à 19 ans, ainsi que le confirment les archives de la police, Le jeune Mbarga Nguele a donc gravi les échelons pour se retrouver sur la plus haute marche de ce corps.

Sous sa direction, la police a écrit une nouvelle page. Maniant le bâton et la carotte, le Dgsn a su toujours détecter le mauvais grain souvent lourdement sanctionné. C’est ainsi qu’il a pris l’habitude de signer quasiment chaque semaine, un communiqué excluant du corps de la police, des éléments indélicats. A titre d’exemple, le 03 août 2016 deux élevés gardiens la paix étaient radiés du corps de la police pour flagrant délit de vol, détention et consommation des stupéfiants.

Le 18 août, un élève inspecteur de police était remercié pour faute lourde. Le samedi 27 aout 2016, un autre communiqué annonçait l’exclusion de huit élevés gardiens de la paix pour présentation de faux diplômes. «C’est le résultat d’une enquête très approfondie» avait tenu à préciser, le patron de la police à la presse.

ÉTIENNE HONLONG, un exemple de fidélité et de loyauté

En août 1983, Etienne Honlong s’illustre en alertant sa hiérarchie sur la préparation d’une atteinte à la sûreté de l’Etat. Plus d’un an seulement après avoir prêté serment comme deuxième président de la République du Cameroun. Après l’euphorie des premiers mois de Paul Biya au pouvoir, le nouveau président est confronté à une situation délicate au cours de laquelle Ahmadou Ahidjo, paix à son âme, cherche à reprendre le contrôle de la vie politique camerounaise.

Tout commence en début 1983. Ahidjo effectue une tournée provinciale comme s’il était encore chef de l’État. À cette occasion, il évoque un projet de constitutionnalisation de la suprématie du parti unique sur l’État. Question de menacer la position de Biya. En fin janvier, Ahidjo affirme que c’est le parti, Union nationale camerounaise Unc) qui définit les orientations de la politique nationale et le gouvernement applique. Le 19 juillet 1983, Ahidjo quitte le Cameroun pour la France.

Il ne savait pas qu’il ne reviendrait plus dans son pays. Le 23 août 1983, la situation bascule. Après l’alerte donnée par le maréchal des logis-chef Etienne Honlong,
Paul Biya annonce à ses compatriotes qu’un complot contre «la sécurité de la République» vient d’être déjoué, accusant Ahidjo d’en être l’instigateur.

«Je me devais, dans un pays démocratique comme le nôtre, de porter cette situation à la connaissance du peuple camerounais, souverain et maître de son destin.

Il importe, en effet, que le peuple mesure les périls auxquels l’expose l’ambition de certains individus, au mépris des expériences douloureuses qui se sont déroulées ou se déroulent en Afrique et qui devraient inciter à la réflexion», dit-il dans une adresse à la nation. Trois jours de combats Le président Biya, pour mieux contrôler le Nord réputé fidèle à Ahidjo, le divise en trois provinces: l’Adamaoua, l’ExtrêmeNord et le Nord.

La partie semble perdue pour l’ancien président qui, par la suite, va quitter la direction de l’Unc. La voie ainsi libre, Biya se fait élire en septembre président national lors d’un congrès de l’Unc. Fin février 1984, le dossier de la tentative de déstabilisation d’août est fermé. Le sort d’Ahidjo est définitivement réglé. Dans la nuit du 05 au 06, des détonations et des coups de feu réveillent les habitants de Yaoundé. Des militaires, restés fidèles à Ahidjo et originaires comme lui, du Nord-Cameroun, sont entrain de tenter un coup d’État. Après trois jours de combats, les mutins sont finalement maîtrisés.

C’est le maréchal des logis chef, Etienne Honlong, (aujourd’hui colonel) qui avait mis le Palais de l’Unité dans le noir, pour n’illuminer que les jardins.

Ce qui, aux dires de certains, avait facilité le travail aux hommes restés fidèles à Paul Biya. 32 ans après, l’actualité impose ce sujet à l’opinion nationale et internationale. Et pourquoi ne pas célébrer le colonel de gendarmerie Etienne Honlong. En janvier 2017, lors d’une purge présidentielle à la Direction de la sécurité présidentielle (Dsp), il est parmi les rescapés.

En fait, il avait été constaté un trafic et de fuites d’informations sensibles à caractère confidentiel de la résidence présidentielle privée, des accointances établies avec certains mouvements activistes du Code basé en Europe, réputé hostile au chef de l’État, à travers des manifestations bruyantes et récurrentes devant l’hôtel Intercontinental de Genève en Suisse lors des séjours privés du couple présidentiel.

Pierre Semengue, le général et le trou du climatiseur

Parmi les quatre généraux camerounais mis dans la réserve de la République, le 11 mars 2011, se trouve en bonne place, Pierre Semengue. Alors âgé de 76 ans, le général d’armée (élevé le 25 septembre 2001), est sans doute le plus emblématique.

En cinquante-cinq ans de service, il aura occupé les fonctions les plus prestigieuses dans l’institution militaire, jusqu’à celle de contrôleur général des armées. La courbe de ses promotions suit celle des événements politiques au Cameroun. Sous Amadou Ahidjo, alors qu’il est nouvellement diplômé de l’école militaire de Saint-Cyr, en France (en même temps que l’ancien président tunisien, Ben Ali), il est promu capitaine et se vante de ne «jamais avoir eu à porter le galon de Lieutenant dans l’armée camerounaise».

En 1961, lors de la réunification des deux Cameroun, il est promu à la tête de l’armée avec e grade de chef de bataillon près avoir lutté contre une rébellion dans la région d’Édéa. Il devient général en 1973 et découvre, en août 1983, un «complot contre la sûreté de l’État». On retiendra aussi de
Pierre Semengue cette petite phrase, glissée dans un livre entretien paru en 2002.

Il y déclarait, à propos des manifestations pour la tenue d’une conférence nationale souveraine, en 1991: «Je vous l’avoue aujourd’hui, si la conférence nationale s’était effectivement tenue, l’armée aurait fait un coup d’État.» Toujours est-il que Pierre Semengue est considéré comme celui qui a sauvé le régime camerounais en 1984. Des témoignages laissent dire que le chef d’Etat-major de l’armée camerounaise d’alors, se sentant encerclé est sorti de sa résidence par le trou d’un climatiseur.

Et grâce aux pratiques assidues des exercices et techniques militaires, a pu joindre Ebolowa pour faire venir des troupes d’élites alors mobilisées. Une contribution décisive qui permettra aux soldats loyalistes, conduits par le général Pierre Semengué, d’organiser la résistance. En une journée, ils retournent la situation et Paul Biya peut s’exprimer à la nation, le 07 avril au soir.

Même si le général Asso’o lui conteste cette version des faits, en cela, le général Pierre Semengue qui sauva le régime de Paul Biya et le Cameroun en 1984 des mains des mutins. Il en parle d’ailleurs abondamment dans un livre-entretien, «Toute une vie dans les armées», publié par feu Charles Atéba Eyene. «L’armée est faite pour défendre le pays et non pour prendre le pouvoir, sauf cas exceptionnel, quand rien ne va plus», soutient le général Semengue.

Lui qui n’est pas étranger à la purge survenue entre mai et août 1984. Une quarantaine d’officiers sont exécutés sur la place publique. Réélu président de la Ligue defootball professionnel du Cameroun le jeudi 28 juillet 2016, le général à la retraite a bénéficié de 26 voix des délégués des clubs contre sept pour son adversaire Franck Happi. Né le 28juillet 1935 à Bikoka dans la région du Sud Cameroun et issu d’une famille modeste.

BENOÎT ASSO’O EMANE

Commandant du Quartier général lors du putsch manqué d’avril 1984, ce général de division dit avoir remis le drapeau au président de la République dans
«Cela se comprend et se justifie à travers les événements de 1984. Figurez-vous que j’arrive au Quartier général, et, en 1984, il y a ce que vous connaissez: la tentative de coup d’Etat du 06 avril 1984.

Je me positionne du côté du pouvoir, c’est-à-dire du côté du chef de l’Etat. Et tout le monde sait comment ça s’est passé…» Ainsi s’annonce le général Asso’o Emane dans une interview accordée au site d ’ i n f o r m a t i o n Africapresse.com.

Né le 21 juin 1934, ce militaire «parmi les plus professionnels de l’armée camerounaise» aura totalisé 54 ans d’activités après sa prise de service le 06 janvier 1959. Général depuis le 13 avril 1989, celui qui était commandant du Quartier général à Yaoundé lors du coup d’Etat manqué d’avril 1984, a perpétué la réputation des officiers ayant, avant lui, été aux commandes de cette unité des plus stratégiques dans le dispositif sécuritaire camerounais. Bouillant, souvent considéré comme un trublion, le général Asso’o ne prend pas de gant quand il parle du putsch manqué de 84.

«Le seul officier que le chef de l’Etat a vu le 8 avril, avant le discours, c’était le colonel Asso’o. C’est moi, je l’affirme!», dit-il de manière tranché. Et de poursuivre que «c’est moi seul qui étais armé. Et quand les gens disent par tout qu’Asso’o veut faire un coup d’Etat, si je voulais faire le coup d’Etat, je le faisais à ce moment.

Mais c’était le président Biya que je voulais libérer. Je ne peux pas dire que le général n’est pas intervenu après. Non! Je veux préciser qu’il est intervenu après son retour de là où il était parti. Il n’y a que le colonel Titus Ebogo qui peut vous dire là où il a rencontré le gnéral Semengue. De toutes les façons, j’ai un livre que je publierai lorsque j’aurai quitté l’armée et qui s’intitule: Mon combat du 06 avril. Il aura plus de détails sur cette question, et plus de photos».

Et il raconte les événements: «Après le dîner, mon épouse et moi décidons de regarder un film. Je me couche vers 3h45. Et ce sont les coups de feu qui me réveillent. Et je me dis: «Je savais bien que ces gars-là allaient passer à l’action et voici maintenant qu’ils nous surprennent. A ce moment, j’avais déjà deux chars dans ma concession et j’entendais des voix me dire: Asso’o, rendezvous! C’est alors que le général Semengue m’appelle et me demande : Qu’est-ce qui se passe? Je lui réponds: mon général, je vous avais dit que ces gars allaient passer à l’action.

Moi, je ne suis pas dehors et je suis sûr que c’est eux qui sont là, parce qu’on me demande de me rendre. Quelque temps après, Gilbert Andzé Tsoungui appelle à son tour pour savoir ce qui se passe. Je lui dis: M. le ministre d’Etat, je vous avais dit que ces gars allaient passer à l’action. Ils me demandent de me rendre.»

La suite est connue. Qu’il va lui aussi user d’exercices et techniques militaires pour se tirer d’affaire. Avant d’appeler le commandant de la Légion de gendarmerie à Bertoua. «Sa première épouse me répond qu’il n’a pas dormi à la maison. J’attends une heure et je me dis alors que, peut-être, ces gens sont dans le coup. J’appelle le commandant Yakana Guebama à Douala et lui demande de préparer deux avions pour aller chercher deux compagnies à Koutaba. Une compagnie de cette unité devait être parachutée autour du stade Omnisports pour aller reprendre le Palais et libérer le président de la République, parce qu’à ce moment, je sais où il se trouve.

Et l’autre compagnie devait débarquer à l’aéroport de Yaoundé pour venir me sauver au Quartier général, parce que je suis déjà bloqué». Une contribution décisive qui mérite d’être saluée à sa juste mesure.

JEAN NGANSO SUNDJI

Durant toute sa carrière de soldat d’active, Jean Nganso Sundji n’a fait que l’ingénierie. Il fait partie de ceux qui ont œuvré activement à faire échouer la tentative de coup d’Etat, en organisant une riposte musclée à la taille des assauts des mutins.

Des militaires restés fidèles à l’ancien président, Ahmadou Ahidjo. Les putschistes avaient déjà pris le contrôle de l’aéroport et réussi à encercler le Palais présidentiel d’Etoudi. Le général Jean Nganso Sundji n’est pas resté impassible face à ces actes de rébellion. Au contraire, le d’Etat-major de l’armée de l’air, a mis en mouvement en collaboration avec le colonel Yakana, les troupes de Douala et de Koutaba.

Comme les autres officiers supérieurs de l’armée camerounaise, entre autres, l’incontournable général Pierre Semengue qui venait de s’échapper de son domicile assiégé Tataw, le colonel Asso’o qui avaient échappé des griffes des mutins, le chef de bataillon Titus Ebogo qui était parti d’Ebolowa pour renforcer le dispositif de Yaoundé, Jean Nganso qui fait partie aujourd’hui de la deuxième section des cadres d’officiers généraux, a ainsi donné du répondant aux soldats de la Garde républicaine.

On le retrouvera au front des combats. Il ne fallait laisser aucun point stratégique de la ville de Yaoundé aux mutins. Question de sauver, à tout prix et à tous les prix le régime de Paul Biya, devenu le second président du Cameroun à 49 ans.

Le combat urbain avait pour but ultime de réduire la résistance de la Garde républicaine à partir de son camp d’Obili, considéré comme la principale base arrière de la mutinerie. Jean Nganso contribua aussi à neutraliser au maximum, le dé par les chars des mutins qui tiraient sans cesse, James placement des blindés et autres engins mobiles des putschistes et de les déloger des abords du Palais présidentiel.

Pendant le putsch. Le chef d’Etat-major de l’armée de l’air a surtout brillé par l’encadrement des troupes restées loyales aux institutions. Cette singulière discipline, ce dévouement vis-à-vis de la République et la disponibilité de tous les instants ont été récompensés par l’homme du 06 novembre 1982. Jean Nganso Sundji est né le 15 octobre 1937, il est ingénieur diplômé de l’Ecole polytechnique de Paris. Ecole française qu’il a fréquentée de 1958 à 1960.

En plus, le général Nganso est ingénieur civil des ponts et chaussées de Paris. En 1962, il a suivi un stage à l’Ecole d’application du génie civil à Angers en France. De 1965 à 1967, il a été stagiaire dans les grands Etats-majors de l’armée française.

Sa brillance académique n’a fait l’ombre d’aucun doute dans les différentes écoles militaires où il a reçu sa formation. Sa carrière de militaire commerce lorsqu’il est promu lieutenant le 1er août 1960, capitaine le 27 décembre 1962, commandant le 24 juin 1964, colonel le 22 juin 1973, général de brigade le 1er juillet 1983, et général de division le 5 février 1993.

Le 25 septembre 2001, il est général de corps d’armée. Il est admis à la deuxième section le 11 mars 2011, avec trois autres officiers généraux, à savoir: Pierre Semengue, Oumarou Djam Yaya et James Tataw. Un signe de reconnaissance du haut commandement du fait des services rendus à la nation.

Source: Essingan No 00044

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